Communiqué : disparition de l’écrivain Slawomir Mrozek, 15 août 2013

Retour sur un écrivain emblématique du catalogue des éditions Noir sur Blanc

Décès de Slawomir Mrozek


Les éditions Noir sur Blanc informent avec une grande tristesse de la disparition, le 15 août au petit matin, à l’âge de 83 ans, de l’écrivain polonais Slawomir Mrozek (lien fiche auteur). Il laisse derrière lui un grand vide. Il était l’auteur de nouvelles et de pièces remarquables jouées dans toutes les scènes du monde. Son œuvre comporte aussi des écrits autobiographiques, et ses dessins sont devenus des classiques de l’humour. Slawomir Mrozek (lien fiche auteur) était un grand écrivain, mais aussi un être humain chaleureux qui appréciait le contact avec ses éditeurs.


Né en 1930 près de Cracovie, il commence dans les années cinquante des études à Cracovie dans plusieurs domaines (architecture, Beaux-Arts, orientalisme) sans jamais les terminer. Parallèlement, il commence à travailler sur des textes et des dessins satiriques publiés dans divers journaux. Son premier recueil est publié en 1953 chez Wydawnictwo Literackie, maison maintenant affiliée aux éditions Noir sur Blanc. En 1958, sa première pièce, Police est mise en scène à Varsovie. En 1963, lors d’un voyage en Italie avec sa première femme Maria Obremba, il décide de ne pas rentrer en Pologne. Ses pièces continuent à être publiées en Pologne. En 1964 sort sa pièce Tango qui le rend célèbre dans le monde entier. En 1968, il s’installe à Paris. Dans une lettre ouverte publiée par Le Monde, il proteste contre la participation des troupes polonaises à l’invasion de la Tchécoslovaquie par le Pacte de Varsovie et demande l’asile politique en France. La censure polonaise interdit la publication de ses livres et la mise en scène de ses pièces. Sa femme décède d’un cancer en 1969 à Berlin.


L’interdiction de publication s’assouplit peu à peu vers la fin des années soixante-dix et Mrozek visite la Pologne en 1978 et à nouveau en 1981. Mais après le coup d’état du général Jaruzelski, il publie une nouvelle lettre ouverte dans Le Monde et le International Herald Tribune, dans laquelle il interdit fermement toute publication de des œuvres et diffusion de ses pièces à la télévision. En 1987, il épouse Susana Osorio et fait une visite en Pologne. Il déménage au Mexique en 1989. En 1996, il revient en Pologne et s’installe à Cracovie jusqu’en 2008. Depuis, il vivait à Nice.


Mrozek et les éditions Noir sur Blanc


L’œuvre de Slawomir Mrozek (lien fiche auteur) est très liée au catalogue des éditions Noir sur Blanc qui n’ont eu de cesse de défendre son travail. On pourrait presque dire qu’ils sont indissociables. Depuis la première visite du jeune couple d’éditeurs formé par Vera et Jan Michalski à son adresse parisienne, avenue Franco-russe, en 1988, une relation de confiance et d’amitié s’était installée. Cet auteur déjà très connu dans le monde a eu le courage, dès 1989, de nous confier l’édition de ses Œuvres complètes en langue française.


Douze volumes ont suivi, complétés par des formats poches, des anthologies, et tout récemment un livre absolument étonnant, Mon cahier de français, qui permet d’appréhender l’étendue et l’originalité du génie mrozekien. Il y montrait comment, à la fin des années cinquante, il avait instrumentalisé le dessin pour s’approprier la langue française.


Quelques années plus tard, Slawomir nous confiait aussi l’édition de son œuvre en langue polonaise, et en 1994 paraissait le premier volume des Œuvres complètes. Si le travail de Slawomir Mrozek (lien fiche auteur) est largement connu dans le monde par les amateurs de théâtre, en Pologne, c’était une figure majeure de la vie intellectuelle, un auteur dont le nom était connu de tous, toutes générations confondues. Son œuvre est tellement populaire que l’expression "c’est comme chez Mrozek" s’applique fréquemment à des situations absurdes ou cocasses de la vie quotidienne. Certaines de ses œuvres font partie des lectures scolaires, ses pièces sont jouées régulièrement. Sa moindre apparition dans un lieu public prend des allures d’émeute. Ses signatures aux salons du livre battent tous les records d’affluence. Qu’elle n’a pas été la joie du public d’apprendre qu’il avait écrit l’année dernière une nouvelle pièce : Le Carnaval, ou la première femme d’Adam. Elle a été jouée en juin dernier à Varsovie en présence de l’auteur qui riait de bon cœur pendant la représentation.


Slawomir était une personnalité attachante, pas toujours facile d’accès, mais fidèle et sincère dans ses amitiés. Son regard curieux de tout analysait très vite une situation et son esprit caustique ne ratait rien. Il me reste comme une de ses dernières images, son attitude intriguée par la corrida qu’il découvrait pour la première fois en avril dernier. Ses analyses politiques étaient brillantes. Il décryptait les faux-semblants pour aller à l’essentiel et ses réflexions sur toutes sortes de sujet nous impressionnaient. Il nous reste à publier en français une bonne partie de son œuvre de diariste, déjà parue en Pologne et encensée par la critique. Nous y découvrirons le jeune Slawomir et son évolution.


Mrozek et la fondation Jan Michalski


L’amitié qui liait Jan Michalski à Slawomir Mrozek nous a paru la meilleure garante du choix d’associer l’inauguration de la Maison de l’Écriture de la fondation Jan Michalski à Montricher à l’œuvre de Slawomir Mrozek (lien site Internet de la fondation Jan Michalski). Les invités ont pu notamment apprécier la mise en scène de la Sérénade, pièce courte de l’auteur.


L’année dernière, déjà, la fondation avait été choisie par l’auteur pour accueillir ses archives. Elles sont très intéressantes car, grâce à l’étendue et au côté multiforme de son talent, elles rassemblent des manuscrits bien sûr, mais aussi des dessins originaux, des films, des affiches de théâtre, des articles de presse, des agendas... Cette richesse nous a poussés à consacrer notre première exposition à la vie et l’œuvre de Slawomir Mrozek. L’exposition est ouverte jusqu’à fin octobre. L’auteur devait venir au finissage. Sa disparition subite nous privera de sa présence. Voilà que cette célébration d’une œuvre prend bien indépendamment de notre volonté des allures d’hommage.


Vera Michalski


Illustration de l’article : Exposition Sławomir Mrożek à la Fondation Jan Michalski © Jean Luc Andrianasolo