État de pesanteur

État de pesanteur

Jacek Bochenski

Les hôpitaux, dit-on communément, reflètent de manière idéale l'état de santé d'un pays. Mais qu'en est-il lorsque la société est déjà doublement malade ? Cela se passait hier. Il était un général qui, un beau jour de décembre, décréta l'état de guerre pour éviter, disait-il, de déclarer la guerre à son propre pays. La population ne voulut pas le croire et négocier la...

Traduit par Grazyna Erhard

Édition papier

Date de parution : 01/04/1995

Prix : 19,95 €

Format : 23.5 x 14.5 cm, 222p.

ISBN : 978-2-88250-052-6

Les hôpitaux, dit-on communément, reflètent de manière idéale l'état de santé d'un pays. Mais qu'en est-il lorsque la société est déjà doublement malade ? Cela se passait hier. Il était un général qui, un beau jour de décembre, décréta l'état de guerre pour éviter, disait-il, de déclarer la guerre à son propre pays. La population ne voulut pas le croire et négocier la paix avec lui ; les plus bellicistes furent donc invités à méditer en prison ou à l'hôpital.

Le narrateur du présent roman, hospitalisé pendant cette période à la suite d'un malaise cardiaque, entreprend de noter tout ce qu'il entend et voit autour de lui. Les bruits, les conversations, les plaisanteries, les psychodrames individuels et collectifs. Il radiographie le fonctionnement quotidien et mesquin du communisme, il passe aux rayons X les tares que celui-ci a produites, les inquiétudes, les angoisses. L'hôpital devient le microcosme symbolique de crises qui ne sont plus uniquement médicales, le pays tout entier prenant des allures d'immense hôpital idéologique. Outre qu'il restitue l'atmosphère oppressante d'une société en état de convalescence, le narrateur décrit le trouble existentiel des esprits : l'état de pesanteur ambiante se dilue progressivement en état d'apesanteur politiquement calculé. Ce précieux document, au style télégraphique, aux dialogues enlevés, qui mêle la gravité à l'enjouement, était déjà emblématique de l'avenir. Il se termine sur ces mots « Allons-nous vivre ou mourir ? Nul ne le sait. Mais tout s'éclaircira. Nous le saurons à notre réveil. Dès demain. »

Cela se passait hier, car demain a fini par arriver.